30/05/2007Russel Maliphant
Une semaine après Angelin Preljocaj, Russell Maliphant ferme la saison des toujours très bons « Rendez-vous chorégraphiques » du Théâtre des Gémeaux.
Au programme, trois pièces : le solo « Flux » (première française), « Transmission », chorégraphie pour cinq danseuses, et surtout « Push », duo somptueux que Maliphant a créé avec Sylvie Guillem et qu’ils ont dansé ensemble en 2006.
Hier soir, c’étaient les corps d’Alexander Varona et de Juliette Barton qui s’entraînaient, se mêlaient, glissaient l’un sur l’autre avec une enivrante fluidité pour ce pur joyau de douceur.
Il faut aussi souligner la mise en lumière de Michael Hulls – collaborateur de Maliphant depuis plus de dix ans – dont les clairs obscurs magnifiques mettent savamment en valeur le travail si particulier du chorégraphe sur le mouvement.
29/05/2007Kronos Quartet au Théâtre de la Ville
C’est devenu un rituel. Chaque année depuis plus de dix ans, le Kronos Quartet fait une embardée du côté du Théâtre de la Ville le temps d’un concert dont le programme suscite toujours autant d’attente. Aidé par ses participations cinématographique (Darren Aronofsky) et par ses collaborations avec les plus grands (Glass, Riley, Reich entre autres), le Kronos Quartet connaît depuis trente ans un succès public rare pour une formation contemporaine. Chacun de ses concerts parisiens annuels est un événement de grande qualité à ne surtout pas manquer. Une fois cela rappelé, il faut admettre que la prestation d’hier n’était pas leur meilleure.
La soirée s’est ouverte sur deux morceaux décevants. Ni l’interprétation, ni les compositions - la première de Xploding Plastix, duo electro norvégien ; la seconde de Clint Mansell écrite pour le film « The Fountain » - ne sont en cause, le problème venant de l’utilisation d’une bande sonore qui accompagnait le quartet. Outre le fait que la bande était de mauvaise qualité (trop d’aigus), elle cadrait les quartet dans un tempo imposé et rigide lui ôtant toute liberté de jeu. Frustrant et artificiel.
Heureusement, le groupe s’est repris magnifiquement grâce à la musique des allemands mythiques d’Einstürzende Neubauten. On a pu durant ce morceau retrouver tout ce qui fait la force du Kronos : choix audacieux, interprétation libre et surprenante, expérimentation sonore (frottements des doigts sur du plastique, clapotis d’eau ou bruit de sable en mouvement).
La suite de la soirée n’arrivera malheureusement jamais à retrouver ce sommet. Notons la prestation de Tanya Tagaq, spécialiste du « chant de gorge », chant traditionnel Inuit. Surprenant, techniquement bluffant mais, sur la longueur, fatigant. Ce qui devait être le point d’orgue de la soirée – « Des chansons sont chantées », quator de Gorecki écrite pour la Kronos et qu’il aura mis dix ans à achever – n’a pas su combler les attentes. Quant aux deux rappels, on aurait aimé y trouver le petit brin de folie de l’année dernière lorsque le groupe avait joué la version d’Hendrix de l’hymne national du Lichtenstein.
Un petit concert, donc, mais par de grands artistes (saluons notamment le violoncelliste Jeffrey Zeigler arrivé en 2005). Rien toutefois qui ne remette en question le sacro-saint rituel. Rendez-vous l'année prochaine.
24/05/2007
Concert des Klaxons hier à la Cigale. Rien à redire, les petits jeunes se sont bien démerdés, largement mieux que ce que j’avais pu voir en vidéo. Le passage au live fait perdre un peu niveau production mais les chansons y gagnent en énergie, permettant à la fosse (âge 12-40 ans) de se déchaîner. Et puis le groupe est sympathique, s’amuse bien sur scène et sait mettre de l’ambiance (un minimum me direz-vous mais c’est loin d’être toujours le cas. Je garde un mauvais souvenir de Primal Scream, vu dans la même salle l’année dernière, avec un Bobby Gillepsie qui avait l’air de se faire autant chier à chanter que moi à le regarder et qui s’est cassé avant même le concert fini, sans au revoir ni merci). 22/05/2007Le clip le plus sexy !Gregg Araki (Mysterious skin, The Doom generation) présente son dernier film à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes : Smiley Face, une comédie légère dont la bande annonce laisse entrevoir quelque chose de très éloigné de ce que le réalisateur nous a servi jusqu'à présent.
Mais un nouveau film d'Araki, quel qu'il soit, est toujours une bonne nouvelle. Je propose donc de fêter l'événement par un clip qu'il a réalisé en 1999 pour le groupe français The Micronauts.
Un clip on ne peut plus sexy, avec de vrais morceaux de jolis garçons dedans.
Justice - D.A.N.C.E.
Je m'étais pourtant promis de pas tomber dans le piège... C'est loupé. Je vais encore me faire charier par mes potes. 15/05/2007Les incontournables (2)

The Avalanches – Since I left you
A la sortie de l’album, j’avais écrit ça : « Le groupe australien qui a commis l'album le plus follement jouissif de l'année 2000. » Aujourd’hui je persiste et signe, « Since I left you » est même l’album le plus follement jouissif sorti depuis 2000. Pas encore entendu de disque aussi déjanté depuis.
« The Avalanches » est un groupe dont les deux architectes centraux sont Robbie Chatter et Darren Seltmann. Leur premier (et unique à ce jour) album, composé à partir de plus 3500 samples tirés de leur collection de vinyls, pourrait être vu comme le pendant dancefloor du Endtroducing de DJ Shadow. Avec un côté beaucoup plus foutraque tout de même et surtout pas prétentieux (difficile de l’être lorsqu’on utilise des samples de Madonna ou de Bonney M.). C’est surtout l’album idéal à emmener en vacances, si possible au bord de la mer. Pour en avoir fait l’expérience, vous pouvez le laisser tourner en boucle des heures durant, pas d’overdose, juste la persistance d’une atmosphère festive et insouciante. Pour comprendre de quoi je parle, il suffit de regarder la vidéo de « Frontier Psychiatrist » ci-dessous. Elle dit tout. L’autre vidéo, plus soft tout de même, est elle aussi géniale.
14/05/2007Jonathan Franzen - The Discomfort zone
Plus de cinq ans ont passé depuis « Les Corrections » et Franzen n’est semble-t-il toujours pas prêt pour une œuvre du même calibre. « The Discomfort zone », sous-titré « A Personal history », est un petit livre de mémoires qui laisse le lecteur sur sa faim. En premier lieu parce qu’une bonne partie du livre provient d’essais publiés préalablement dans les pages du New Yorker. Franzen s’est contenté de les reprendre – notamment celui concernant son obsession des oiseaux – et de relier le tout par quelques souvenirs d’enfance. Le résultat est un livre bâtard, un peu bancal parce que constamment en rupture. Dès que le récit est sur le point de s’installer, une longue digression vient le perturber, comme si l’auteur cherchait consciemment à faire décrocher son lecteur. Du coup le titre offre une résonance parfaite à cette expérience de lecture particulièrement inconfortable. Les incontournables (1)
Lo Fidelity Allstars – How to operate with a blown mind
Voilà un album qui m’a longtemps résisté. J’ai acheté ce disque en 1998, alléché par le très accrocheur « Battle Flag », un tube en puissance qui fit le succès du groupe (en Grande-Bretagne du moins). L’autre attrait c’était évidemment le label : Skint. Très hype à l’époque, Skint. Fatboy Slim oblige. C’est donc en espérant un album de big beat que je me suis procuré ce « How to operate with a blown mind » et forcément j’ai été très déçu. Je ne me souviens plus bien de ce qui me déplaisait, je crois me souvenir que je trouvais tout trop lent, pas assez accrocheur. Bref, j’ai vite rangé le cd au fond d’une caisse avec la vague impression de m’être fait avoir par un de ces disques construits autour d’un unique single. Mais quand même, de temps en temps, je le ressortais, histoire de me faire un petit shoot de « Battle flag ». Et puis à force d’écoute de cette fameuse piste 7, on laisse tourner le cd et hop mine de rien on commence à écouter les morceaux qui suivent, on décèle des subtilités, on arrive à se dire que, finalement, c’est pas si mauvais que ça, que c’est même plutôt très bon. Alors on réécoute tout. Encore et encore.
Aujourd’hui l’album compte parmi mes préférés. De très loin. Je le trouve d’une subtilité rare (ce qui je l’admet volontiers peut surprendre pour un disque de chez Skint). Chaque morceau fait montre d’une inventivité folle, tout particulièrement au niveau de leur structure. La gageure ayant été de réussir à accoucher d’un album totalement homogène avec des titres très différents les uns des autres. Le lien est à chercher du côté du leader, surnommé « The Wrecked Train », sombre illuminé qu’on imagine bien avoir lu Burroughs au berceau et qui de sa voix traînante et nasillarde semble à tout moment annoncer l’apocalypse. C’est lui qui insuffle un vent de folie malsaine tout au long des onze morceaux. Lui le noyau dur des Lo Fidelity Allstars qui a permis de transformer une stupide machine à danser en monstre protéiforme intelligent. Il suffit d’écouter le second (mauvais) opus du groupe - auquel il n’a pas participé - pour s’en persuader. Sans lui il n'y a plus de Lo Fidelity Allstars. Il faudra se contenter d'un unique album.
Et on écoute
ici
et ici
Air - Playground love
Une dernière chanson romantique avant d'aller se coucher. C'était l'époque où Air savait encore faire de la bonne musique. J'ai écouté cette chanson des centaines (milliers ?) de fois et à chaque fois je ne peux pas m'empêcher de fantasmer comme c'est pas permis sur la voix de Thomas Mars... REM - At my most beautiful
Le clip est tout pourri mais qu'est-ce que la chanson est belle... 04/05/2007Jeunesse musicale
Matt Elliott en concert au Tryptique samedi 5 mai
J’ai découvert Matt Elliott en 1997 avec son second album, « Ghost ». A l’époque il signait encore sous le pseudonyme Third Eye Foundation. Comme d’habitude, j’avais déniché ça dans « Magic », ma revue musicale de chevet. Dès que le magazine paraissait, je décortiquais les dernières pages, celles des chroniques, armé d’un crayon, cochant, raturant, annotant. J’adorais faire ça. J’avais tout juste 19 ans, cela faisait alors seulement trois ans que j’avais commencé à sérieusement m’intéresser à la musique et j’avais le sentiment d’avoir mis le pied à la frontière d’un nouveau monde dont je ne percevais que les abords mais dont je pressentais l’immensité. Personne dans mes amis n’était vraiment boulimique de musique, on me faisait bien découvrir quelques nouveautés de temps en temps, mais c’était loin d’être suffisant. Alors comme l’avait été « Le Cinéphage » pour le cinéma, « Magic » me faisait office de mentor sur la question musicale.
Je quadrillais les chroniques de manière très consciencieuse. Dès qu’un nom d’artiste me semblait vaguement familier, je reprenais mes anciens numéros pour retrouver où j’avais déjà pu voir ce nom. De référence en référence, j’établissais des liens entre les artistes. Un groupe qui m’avait échappé un jour pouvait m’apparaître incontournable six mois après. Bref, je me constituais mon encyclopédie musicale dans ma tête.
Il faut dire qu’en ce milieu d’années 90, la production musicale se prêtait largement à ce jeu de piste. C’était l’époque où la musique électronique se popularisait, beaucoup de nouveaux labels émergeaient, les genres se mélangeaient, il était de bon ton pour les artistes de multiplier les collaborations au sein de « collectifs » et d’adopter des pseudonymes, les critiques musicaux inventaient tous les trois mois de nouveaux courants pour tenter d’y voir un peu plus clair entre le trip-hop, le post-rock, l’electronica ou l’abstract hip-hop. C’était excitant.
A Nantes, le disquaire indépendant où je pouvais espérer trouver mes disques un brin obscurs, c’était « Black & Noir ». Avec l’arrivée de la Fnac, la boutique n’a pas fait long feu. De toute façon, même si j’avais pu réussir à trouver tout ce que je voulais, mon argent de poche n’y aurait pas suffit. Heureusement, j’avais un plan B.
A l’époque, ma mère se rendait environ tous les trois mois à Paris pour accompagner mon père qui y suivait des congrès professionnels. A chaque voyage, je ne manquais pas de lui donner une liste de disques en lui expliquant que si jamais, par hasard, elle passait devant un disquaire, peut-être qu’elle pourrait juste jeter un œil… bref, elle n’était pas dupe et je crois qu’en fait ça lui plaisait assez cette histoire de disques. Sans doute parce qu’elle avait elle-même été disquaire plus jeune. En tout cas, à chaque fois que je lui donnais une liste, j’étais sûr de me retrouver avec quelques nouveaux vinyls à son retour. La plupart du temps, elle allait à « Rough Trade », le magasin mythique de la rue Charonne, fermé depuis. Qu’est-ce que j’aurais aimé la voir, ma mère, à « Rough Trade », donnant ma liste de titres complètements bizarres au vendeur. Je l’imagine : « vous avez ça ? Moi j’y connais rien, c’est pour mon fils. » Je ne la remercierais jamais assez.
Ensuite, je connaissais deux paliers d’excitation (!). Le premier en découvrant les objets. Je me souviens du poids des vynils, de la texture du papier, des pochettes (simples ou doubles ?). Le second plaisir, évidemment, c’était lorsque je posais enfin le diamant sur le 33 tours. Le soir où je recevais mes disques, pas la peine de tenter de me joindre. Je n’étais là pour personne.
Tout ça pour dire que c’est de cette façon que je me suis retrouvé avec mon premier vinyl de Third Eye Foundation entre les mains. Je ne sais plus bien ce qui avait capté mon attention dans la chronique pour que je le « commande » à ma mère. Il faudrait que je la relise. J’imagine qu’il y était mentionné que Matt Elliott vivait à Bristol. Depuis l’émergence de la scène trip-hop, la petite ville paumée de Bristol était devenue un lieu hautement recommandable. Alors c’était sûrement ça, et puis, connaissant « Magic », ça ne m’étonnerait pas qu’ils aient fait une comparaison du style « du My Bloody Valentine oppressant où les rythmes jungle auraient remplacé les murs de guitares ». Ce serait tout à fait leur style. Vu que My Bloody Valentine avait été quelques années avant un choc sans pareil, j’avais du foncer sans réfléchir. Je n’ai pas été déçu.
Pour les curieux qui voudraient écouter : www.myspace.com/mattelliotandthethirdeye
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