24/06/2007
Travis Charest devait dessiner une nouvelle série des Métabarons pour Jodorowsky. On a attendu sept ans et au final on aura à peine la moitié d’un album… Paraîtrait que Charest s’est perdu dans son boulot, jamais satisfait, à faire et refaire les même planches, en particulier les couleurs (et c’est vrai que la colorisation que j’avais vue me paraissait pas géniale). Bref, les Humano l’auront quand même pas laissé tomber pendant 7 ans, c’est pas rien, mais au bout d’un moment faut savoir dire stop. Moi ce qui me faisait le plus chier c’est qu’en attendant on n’avait plus rien de celui qui est quand même à mon avis le plus grand dessinateur américain du moment (en tout cas dans le trio de tête avec Quitely et Bachalo). On perd donc un album des métabarons (bah, jamais été vraiment emballé de toute façon) mais on gagne potentiellement plein de nouveaux trucs géniaux chez Marvel. Ce sont pas les couv de Captain America qui vont me combler mais si on pouvait le voir reprendre enfin une série, comme à l’époque de Wildcats, ce serait chouette. Dans une interview il a dit qu’il aimerait bien s’attaquer à Uncanny. C’est pas moi qui l’empêcherait (quoique adjectiveless ce serait mieux, parce que Brubaker c’est bien pourri ce qu’il fait en ce moment alors que Carey c’est un régal). Ils vont peut être le mettre sur la saison 5 des Ultimates, histoire qu’il prenne un peu d’avance… 
J’avais pas mal entendu parler du « Fils de l’homme » sorti en fin d’année dernière. Je l’ai enfin vu en dvd et c’est vrai que le film fait son petit effet. L’histoire est simple : dans un futur proche, pas un seul bébé n’est né depuis plus de 18 ans. La société est tombée dans le chaos, l’humanité est proche de l’extinction, jusqu’au jour où une jeune femme tombe enceinte et se retrouve du coup au cœur d’affrontements politiques. Sur le fond le film aurait pu aller plus loin (même si c’est déjà très supérieur à la moyenne si on le considère comme un film d’action/anticipation), mais c’est surtout la forme qui est bluffante. Le réalisateur mise sur un côté réaliste vraiment saisissant. Il joue beaucoup sur les plan séquences pour ne pas rompre l’action et pour ajouter un côté reportage. Je parlais il y a quelques jours d’un plan séquence dans le film de Tarantino, c’était très joli à regarder mais ça n’apportait pas grand-chose (ça avait même plus tendance à nous faire décrocher du récit). Ici, la technique sert parfaitement le récit. Beaucoup de ces plans sont à couper le souffle, vraiment très impressionnants. Surtout quand on sait que leur complexité (il s’y passe toujours une tonne de choses) imposaient des prises uniques.
Le scénario m’a fait penser à la bd « Y, the last man ». L’idée est assez proche puisque cette fois ce sont tous les hommes de la Terre qui meurent mystérieusement. Tous sauf un, le jeune Yorick, qui du coup se retrouve sans trop le vouloir avec le titre de sauveur de l’humanité. La série avait vraiment démarré sur les chapeaux de roues mais avait fini par patiner un peu au bout d’un moment. Elle est actuellement en train de se finir (à Paris), plus que 4 numéros avant le 60e et dernier épisode. Même si elle a bien tenu le coup il était temps que ça s’arrête. Bah, le p’tit Yorick va me manquer un peu quand même.
22/06/2007Apichatpong Weerasethakul – Syndromes and a century
« Syndromes and a century » du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul est l’un des plus beaux films que l’on puisse voir en ce moment sur nos écrans. L’histoire débute dans les années 50-60 dans un petit hôpital de campagne de Thaïlande. Une jeune femme médecin repousse les avances timides et maladroites d’un de ses collègues. Elle-même se remémore le marchand d’orchidée qu’elle a aimé et n’a jamais pu oublier, tandis qu’un dentiste tombe sous le charme d’un moine qui lui rappelle son frère décédé. Ces histoires d’amour et de souvenirs se mêlent et nous portent avec douceur jusqu’à la moitié du film. Là, le récit bascule. Retour à zéro croit-on tout d’abord alors que l’on se retrouve de nouveau devant les scènes du début. Les situations sont les mêmes, les personnages aussi, enfin pas tout à fait, leurs vêtements ont changé, les décors aussi d’ailleurs. Pendant plusieurs minutes le récit est en flottement, on est pris d’un vertige, jusqu’à comprendre le saut temporel en avant qui vient de s’effectuer. On a cette fois affaire aux descendants des premiers protagonistes. Descendants qui portent en eux les traces du passé.
La caméra d’Apichatpong Weerasethakul a ceci d’extraordinaire qu’elle parvient à nous maintenir dans un état de lévitation permanent. On flotte avec elle, emporté par ses travellings à la douceur hypnotique. « Syndromes and a century » n’a pour autant rien de l’objet cotonneux ou mièvre. Tout d’abord parce qu’il réussit à nous confronter avec la même pureté au bonheur de l’amour comme au drame de la maladie. Ensuite parce qu’il nous plonge par moments dans des ambiances franchement inquiétantes. C’est le cas vers la fin du film quand la caméra se fixe sur une bouche d’aération. Une ouverture ovale à la noirceur impénétrable, un gouffre béant au fond duquel se précipitent des vapeurs grisâtres. L’aspiration est incessante, tout semble inéluctablement se perdre dans cette brèche. Comme si le monde était en train de se retourner, de s’effondrer sur lui-même pour que ses âmes disparaissent totalement avant de pouvoir de nouveau se réincarner.
21/06/2007Il est 19h. Bientôt déjà une heure de métal/hardcore sous ma fenêtre.
Il faut que je réagisse.
(le refuge dans une salle de cinéma me semble une bonne option) Je viens de me rendre compte que ce soir c'est la fête la musique. Juste sous la fenêtre de ma chambre, des jeunes gens sont en train d'installer une scène. En face, une banderole annonce ce qui s'y déroulera toute la nuit durant : "Hardcore Street Fest".
Quelqu'un m'héberge cette nuit ?
20/06/2007Mont Dauphin
J'ai dormi là cette nuit. Tout en haut de la montagne. Ca change de Paris. 16/06/2007Boulevard de la mort - Quentin Tarantino
Pour le dernier Tarantino, j’étais parti avec un a priori négatif. J’avais trouvé la seconde partie de Kill Bill particulièrement ennuyeuse avec ses dialogues à rallonge, et toutes les critiques négatives que j’entendais sur « Boulevard de la mort » concernaient justement la prépondérance de ses dialogues ineptes.
C’est vrai que le film est bavard. Très bavard. Mais allez savoir pourquoi, cette fois j’ai accroché. Sûrement grâce au casting ; les filles que Tarantino nous a dégottées sont formidables. Sexy, venimeuses, effrontés et, donc, volubiles. Mais ce qui a fait mon plus grand plaisir c’est évidemment l’hommage à toute une pop culture que j’adore. Par exemple au tout début, de voir s’afficher en gros sur une musique tonitruante le nom de Kurt Russel, celui de New York 1997 et de The Thing, c’est pas grand-chose mais mine de rien c’est foutrement réjouissant. Ensuite, il y a tout le travail sur l’image. Dans les années 90 on avait le trip hop qui remettait les craquements des vinyles sur nos cd, en 2007 on a Tarantino qui s’amuse à foutre des rayures sur le film, à faire sauter la pellicule, et à jaunir l’image. Et ça marche. L’effet est d’autant plus saisissant lorsqu’il s’amuse à mettre en avant des objets contemporains qui, du coup, nous apparaissent anachroniques (ipod et portables ou encore lorsque, durant la course de voiture finale qui semble tout droit sortie de Vanishing Point, les deux voitures se retrouvent d’un coup sur une route au milieu des Toyoto et des 4x4 Land Rover).
Après il y a évidemment la bande-son, parfaite comme d’habitude avec des pépites sorties d’on ne sait où. Les clins d’oeil cinématographiques à tour de bras (avec, pour la première fois il me semble, de l’autoréférence). Et puis des scènes mémorables : la lap dance dans le bar, la course en bagnole totalement jouissive et ce revirement de fou lorsque les filles se lancent à la poursuite de leur prédateur, cette conversation dans un dining qui vaut surtout parce qu’elle est tournée en un très long plan séquence magnifique et hypnotique, le coup du Italian Vogue vendu sous le comptoir, Kurt Russel en pleurnichard de première… Voilà, alors oui Tarantino persévère à revisiter le cinéma de sa jeunesse. Mais tant qu’il le fait avec autant de maîtrise ça ne me dérange absolument pas.
12/06/2007Playlist du moment
Ratatat - Classics
Eluvium - Copia
Digitalism - Idealism
Wilco - Sky blue sky / A ghost is born
The Cinematic Orchestra - Ma fleur
LCD Soundsystem - Sound of silver
A Silver Mt. Zion - Horses in the Sky
Elliott Smith - New Moon 10/06/2007Une vieille maîtresse - Catherine Breillat
Avec « Une vieille maîtresse », Catherine Breillat signe son premier film en costume et adopte une réalisation d’un académisme auquel elle ne nous avait pas habitué. Si le film est magnifiquement porté par le duo central que forment Asia Argento et Fu'ad Ait Aattou, le rythme est quant à lui un brin relâché. On aurait aimé plus de ferveur (un comble pour Breillat) pour réellement se laisser emporter par cette sombre histoire d’une passion tourmentée. Pina Bausch - Bondonéon
Hier soir au Théâtre de la Ville j’ai assisté à la reprise de « Bondonéon », une pièce de Pina Bausch pour 18 danseurs qui, 27 ans après sa création, garde toute sa force (et pour l'anecdote, Pina Bausch était assise sur le siège juste devant moi, mine de rien ça impressionne).
La pièce est très éloignée des danses spectaculaires que la chorégraphe allemande nous a donné à voir ces dernières années. Ici on danse peu. Ou en tout cas pas de la façon dont on pourrait s’y attendre. Sur les craquements de vieux vinyls, le tango s’évoque plus qu’il ne se montre même si l’on assiste à quelques pas de deux originaux d’une singulière sensualité.
Dans un décor de café qui se transformera en fin de parcours en salle de danse, les souvenirs sont ressassés, les obsessions et fantasmes affichés. C’est souvent drôle. D’un humour qui ne manque jamais de cruauté. Comme lors de ces portraits de professeurs tortionnaires : l’une qui avait pour habitude de plonger dans un seau d’eau la tête de ses élèves jusqu’à ce qu’elles sourient ou une autre encore qui affichait ce leitmotiv : « si ça ne fait pas mal, ce n’est pas ma chorégraphie. »
09/06/2007Estuaire 2007 (3)
A Nantes, première installation impressionnante : la chambre d’hôtel de l’artiste Tatzu Nishi (où des gens pourront réellement dormir chaque soir pendant trois mois). Cette chambre a été construite à plusieurs mètres de hauteur, en plein milieu de la place principale de la ville. En son centre trône le sommet de la fontaine qui représente la Loire et ses affluents. A son annonce, le concept ne m’emballait pas plus que ça. D’autant que durant ces trois mois, les Nantais se retrouvent avec une Place Royale défigurée au milieu de laquelle s'élèvent d’immondes échafaudages.
Première constatation, la plus évidente : on n’avait jamais vu cette statue de cette façon. A hauteur d’homme, aussi près et de manière si isolée. Autre phénomène intéressant : les quelques réactions que j’ai pu glaner sur la place. Tous ceux qui, il y a encore quelques mois, se foutaient royalement (hé hé !) de cette statue, s’offusquent aujourd’hui qu’elle soit recouverte.
L’œuvre de Tatzu Nishi est sans doute la plus polémique de l’événement. Elle est pour ma part la plus réussie et la plus cohérente avec les intentions de cette biennale. Car aussi bien en intérieur (par le rapprochement de la statue du public et par son déplacement contextuel) qu’en extérieur (par le manque créé), elle permet de redécouvrir un monument qui, progressivement, à force d’habitude, avait fini par devenir invisible aux yeux des habitants.
Estuaire 2007 (2)
Même s’il y a moins d’œuvres présentées à Saint-Nazaire qu’à Nantes, il faut vraiment prendre le temps de s’y balader ne serait-ce que pour découvrir la base de sous-marins, un édifice de béton, massif, presque solennel, dont certaines alcôves ont été réaménagées. L’une d’entre elles héberge le LIFE, un nouveau lieu (qui ouvrira officiellement en septembre prochain) dédié aux arts émergents. Pendant les trois mois d’« Estuaire » on peut y « vivre » une installation du néerlandais Edwin Van Der Heide astucieusement intitulée « LSP ». Dans une immense salle, des lasers se reflètent sur des écrans de pluie et créent des effets visuels assez spectaculaires qui enveloppent le spectateur. Entre rêve et rave, une expérience totalement enivrante. On y resterait des heures.
Dans une autre alcôve un peu plus loin, « Escal’ Atlantic » - qui recrée l’intérieur d’un paquebot - a été investi par le collectif Los Carpinteros qui y a installé un drôle de lit démesuré dont les courbes évoquent autant un cours d’eau qu’une réseau autoroutier. Un contraste nature/industrie qui est l’un des fils rouges de l’événement.
08/06/2007Estuaire 2007 (1)
Un canard jaune flottant de 22 mètres de haut. Une maison qui semble partir à la dérive, à moitié immergée dans la Loire. Un bateau qui laisse sa proue glisser nonchalamment sur le bord d’un quai à la manière des montres molles de Dali... Des bizarreries de ce genre, on en retrouve tout le long des 60 km de fleuve qui séparent Nantes de Saint-Nazaire à l’occasion de la biennale « Estuaire » qui a démarré samedi dernier.
L’idée de cette manifestation est de redécouvrir (à pied, à vélo, en voiture ou à bateau) les berges de l’estuaire de la Loire souvent méconnues des habitants mêmes de la région. Pour moi qui suis Nantais d’origine, je trouve l’idée fantastique et j’ai finalement pris plus de plaisir à découvrir le paysage que les œuvres disséminées çà et là. On y voit des petits ports de pêche côtoyer d’immenses structures industrielles (la centrale EDF de Cordemais avec ses cheminées aussi hautes que la Tour Eiffel ou la raffinerie de Donges), le tout au milieu des marais et des vastes étendues de roseaux. Un paysage paradoxal qui témoigne de toute l'histoire de la région. La sortie en bateau du port de Nantes et l’entrée dans celui de Saint-Nazaire sont aussi de beaux moments qui donnent une toute nouvelle perspective sur les villes.
Dans les villes justement, beaucoup d’œuvres sont à voir. Une trentaine d’artistes ont envahi l’espace public. J’en parlerai dans mes prochains posts.
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